Pionniers

Dendrochronologie : les pionniers

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C’est dans un texte de Theophraste d’Esurus (1,372-287 BC) qu’apparaît la première référence à l’étude des cernes d’arbres. Dans le neuvième et dernier volume de son "histoire des plantes" intitulé la "cause des plantes", ce disciple d’Aristote fait allusion aux cernes de croissance de deux espèces de sapin et reconnaît déjà leur caractère annuel.

Bien plus tard, dans son "carnet sur la Botanique", Leonard de Vinci fait une nouvelle fois preuve de son génie en déclarant : Les anneaux des branches des arbres coupés montrent le nombre d’années et, leur épaisseur indiquent si ces années étaient plus ou moins sèches. Ils donnent donc une image du monde auxquels ils appartiennent, bien plus étroits dans le nord de l’Italie que dans le sud.

Carnets sur la botanique, Leonard de Vinci

Carnets sur la botanique, Leonard de Vinci

Au XVIII siècle, Henri Louis Duhamel du Monceau, scientifique français, inspecteur général de la marine, fait avec son ami le comte de Buffon (1707-1788) les premières expériences sur la croissance des bois. Il recherche notamment "la cause de l'excentricité des couches ligneuses qu'on aperçoit quand on coupe horizontalement le tronc d'un arbre; de l'inégalité d'épaisseur, et du nombre différent de ces couches, tant dans le bois formé que dans l'aubier".

Il faut cependant attendre le milieu du XIX siècle pour assister au développement de la discipline. Dans l’American Journal of Science and Arts de 1833, Twining A.C. déclare ainsi : "Every tree had preserved a record of the seasons, for the whole period of its growth…might not this natural, unerring, graphical record of seasons past, deserve as careful preservation as a curious mineral or a new form of crystals ? " " Such a comparison… might prove the means of carrying back our knowledge of the seasons, through a period coeval with the age of the oldest forest trees."

Charles Babbage (mathématicien) en Angleterre en 1838, Jacob Kuechler au Texas en 1859 puis Robert Hartig (fondateur de la première académie de sylviculture) en Allemagne en 1867 poursuivent l’oeuvre des pionniers.

Babbage, considéré comme le pionnier de l’informatique s’intéresse également à l’utilisation des cernes de croissance pour la reconstitution du passé. Il développe une forme rudimentaire des "skeleton plot" encore utilisé actuellement en dendrochronologie. Kuechler, forestier allemand installé au Texas souligne ainsi : " Our records are of such recent date that we must turn to the annals of Nature, particularly of the plant world. A tree contains the record of its life history, and this history is most closely interwoven with the annual rainfall." Il est également le premier à utiliser le chêne pour reconstituer le climat passé de la partie sud des Etats-Unis. Hartig, de par sa profession de forestier, utilise les cernes de croissance dans une optique phyto-sanitaire afin d’analyser la santé et la vigueur des forêts allemandes. Il est le précurseur de la sylviculture moderne.

Au début du XX siècle, les naturalistes s’intéressent aux cernes d’arbres dans une optique conservatoire. John Muir, grand ami de Roosevelt, et co-fondateur du Parc National de Yosémite participe à de nombreux comptages de cernes, notamment sur les séquoias géants dont la préservation l’intéresse au plus haut point. Enos Mills, co-fondateur du Parc National des Rocheuses procède également au comptage de nombreux pins (Pinus ponderosa) au cours de ces multiples voyages.

 Mais ces hommes ne restent que des précurseurs et c’est A.E. Douglass qui est vraiment considéré comme le père de la dendrochronologie.